Blandine Pommier : l’innovation en action, entre passion scientifique et impact sociétal
Rencontrée dans les allées de VivaTech, Blandine Pommier, ingénieure innovation à CNRS Innovation, incarne l’engagement pour transformer les découvertes scientifiques en innovations concrètes, au service de la société. Son parcours, à la croisée de la recherche fondamentale et de la valorisation, illustre une vision structurante : celle d’un pont entre le laboratoire et le monde socio-économique.
Un parcours entre science et valorisation : de la pharmacologie à l’accompagnement des chercheurs
Diplômée de la faculté de pharmacie Paris Cité et docteure en pharmacologie cellulaire, Blandine Pommier a d’abord exploré les mécanismes d’action de neuropeptides puis l’impact de certaines molécules dans les douleurs chroniques, avec une thèse effectuée dans une UMR hébergée à la faculté de pharmacie et un post-doctorat à la Pitié-Salpêtrière. Après une expérience de création d’entreprise, son intérêt pour les aspects appliqués de la recherche l’amène à se former à la valorisation. Elle rejoint la Direction de l’Innovation de PSL (SATTe, Paris, Sciences et Lettres), où elle gère des appels à projets comme la prématuration ou la Bourse French Tech Lab. Après cette expérience dense et très formatrice, elle est recrutée en tant qu’« ingénieure innovation » à la Direction des Relations avec les Territoires (DRT) de CNRS Innovation et est détachée à la délégation Paris-Centre pour être au plus près des laboratoires.
Son rôle ? Sensibiliser les chercheurs (au sens large : ingénieurs, enseignants-chercheurs, post-doctorants, chercheurs) à la valorisation et détecter des projets innovants dans les laboratoires sous tutelle CNRS « J’ai toujours été attirée par la chaîne de la valorisation, de la détection au transfert », confie-t-elle. Son passage par INSERM Transfert lui a aussi permis de découvrir la gestion de portefeuilles de brevets et le transfert de brevets vers des partenaires industriels, des compétences qui lui permettent d’avoir une vision globale des enjeux de la valorisation et d’en faire bénéficier les chercheurs.
Un métier d’avenir : accompagner l’innovation, de l’invention à l’impact
Au quotidien, Blandine Pommier est au contact des chercheurs, pour les aider à identifier le potentiel de leurs découvertes et les guider dans leur démarche de valorisation au sein de l’écosystème. Ce qui m’anime, c’est de découvrir des projets avec un caractère différenciant fort, pouvant donner lieu à de l’innovation avec un impact sociétal potentiellement important. Les échanges avec les chercheurs sont toujours des moments très privilégiés et souvent fructueux, explique-t-elle. Son travail ne s’arrête pas là : elle interagit activement avec les différents acteurs de l’écosystème (Instituts du CNRS, Service Partenariat et Valorisation de la DR2, Direction de la Recherche et de la Valorisation de Sorbonne Université, SATTs…) pour optimiser la coopération et maximiser les chances de succès des projets.
Blandine participe également aux comités de sélection des projets candidatant au programme de prématuration porté par le pôle universitaire d’innovation (PUI) de l’Alliance Sorbonne Université.
« Il y a un engouement pour les programmes de prématuration, notamment depuis la mise en place des PUI. Ils permettent le financement de développements technologiques complexes en laboratoire, pouvant aboutir à un actif de propriété intellectuelle, comme un brevet, un savoir-faire ou un logiciel. Cet actif pourra être ensuite transféré à une start-up ou à un industriel pour son exploitation. »
Elle fait partie de différents comités d’évaluation de projets, issus des laboratoires de recherche, dont les porteurs ont pour objectif la création d’une start-up. Elle oriente les projets les plus prometteurs vers les programmes d’accompagnement à l’entrepreneuriat, notamment le programme RISE de CNRS innovation.
« Dans un écosystème aussi complexe, avec des laboratoires multitutelles, chaque acteur a un rôle clé à jouer et la bonne articulation entre les différents acteurs est un gage de succès pour les projets ».
Pour Blandine, la valorisation de la recherche est un enjeu stratégique, surtout dans un contexte où la souveraineté technologique et les questions géopolitiques deviennent cruciales. « Les chercheurs sont de plus en plus sensibles à ces enjeux et donc plus réceptifs aux besoins de valorisation. » La DRT, où elle exerce, est en pleine expansion : « Quand je suis arrivée, nous étions quatre ingénieurs innovation. Aujourd’hui nous sommes quatorze déployés sur tout le territoire. »
Ingénieure innovation vs ingénieur transfert : une complémentarité essentielle
Blandine Pommier travaille en collaboration avec les ingénieurs transfert, comme Adrien Bourdin, dont la mission est de faire des liens entre industriels et laboratoires académiques. « Nous avons une approche complémentaire. J’échange avec les chercheurs pour détecter des projets avec des verrous technologiques forts et un impact sociétal et économique potentiellement important. Je les aide à structurer leur projet en adéquation avec les attentes de programmes de prématuration, notamment celui du CNRS. Pour les chercheurs qui se prêtent à l’exercice pour la première fois, cela demande un peu d’investissement en temps, mais c’est très enrichissant, d’un côté comme de l’autre. Ce programme de Prématuration est un levier pour développer une première preuve de concept à l’échelle du laboratoire. Si les porteurs de projet peuvent joindre à leur dossier de demande de financement une lettre d’intérêt d’un industriel déjà identifié c’est un plus. Adrien peut les aider dans cette démarche. »
À VivaTech : fierté, networking et synergies
À VivaTech, Blandine Pommier retrouve certaines startups qui sont passées par des programmes de prématuration ou maturation, et mesure le chemin parcouru. « C’est une grande joie de les voir exposer ici, sur un salon aussi prestigieux. » C’est aussi l’occasion d’accroitre ses connaissances sur des technologies de pointe, d’identifier les acteurs majeurs de certains domaines stratégiques... « VivaTech est un salon qui permet de mesurer l’énergie de l’écosystème et montrer que la recherche publique peut avoir un impact direct sur l’innovation. »
Un défi permanent : l’interdisciplinarité et la patience
Bien que formée en santé et pharmacologie, Blandine Pommier intervient aujourd’hui sur toutes les disciplines, des sciences du vivant à la physique. « Dans le périmètre de la circonscription Paris-Centre, toutes le disciplines sont représentées, et on encourage les chercheurs à travailler avec des laboratoires de différents instituts du CNRS ».
Comme il est impossible de connaitre toutes les disciplines, elle insiste sur l’état d’esprit : « Ce qui compte, c’est d’aider les chercheurs à se projeter dans la valorisation. C’est un exercice qui demande du temps et de la pédagogie. »
Un portrait qui montre que l’innovation naît aussi de l’accompagnement passionné de ceux qui y croient. Blandine Pommier en est la preuve : avec patience, persévérance et une vision systémique, elle contribue, en lien avec tous les acteurs de l’écosystème, à faire de la recherche un levier d’impact sociétal et économique.