Portrait de Jean-Marie Chassot, référent sécurité laser à l'Institut Langevin
Comment concilier recherche de pointe avec des lasers et sécurité des utilisateurs ? C'est précisément le rôle d'un référent sécurité laser, à l'instar de Jean-Marie Chassot à l'Institut Langevin.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Jean-Marie Chassot, je suis ingénieur de recherche en optique à l’Institut Langevin (CNRS/ESPCI – PSL).
Quel a été votre parcours ?
Après mon diplôme en 2002 en instrumentation optique à l’École nationale supérieure d'ingénieurs de Caen, j’ai cherché à travailler dans un laboratoire de recherche, car j’aimais les sciences depuis longtemps. J’ai obtenu mon premier poste en 2003, un CDD d’un an, au Laboratoire matériaux optiques photonique et systèmes (LMOPS) à l’université de Metz, avant de passer les concours ITRF en 2004 et d’être titularisé en 2005. Je suis resté au LMOPS jusqu’en 2009, date à laquelle j’ai rejoint l’Institut Langevin pour des raisons personnelles via une mobilité Noemi puis un détachement au CNRS.
C’est au LMOPS que je me suis initié à la sécurité dans un laboratoire de recherche. J’encadrais là-bas deux techniciens, dont l’un était assistant de prévention (AP). Quelques équipes y travaillaient sur des gaz et des matériaux dangereux, comme les matériaux pyrophoriques, de sorte qu’il a fallu les sensibiliser aux règles de sécurité.
Pourquoi avoir choisi l’Institut Langevin ?
J’ai retrouvé à l’institut une proximité thématique avec mes propres travaux. L’institut Langevin est né en 2009 de la fusion de deux laboratoires de l’ESPCI – le Laboratoires ondes et acoustique et le Laboratoire d’optique – pour étudier les ondes au sens large : en acoustique, en électromagnétisme, les ultrasons, l’optique, etc., en allant de la recherche fondamentale à la recherche appliquée. Dans ce contexte, l’institut développe un certain nombre d’instruments, comme des échographes à grande vitesse, des appareils pour amélier la propagation des ondes électromagnétiques, des techniques d’imagerie microscopique, etc., valorisés par les industries via des partenariats ou la création de start-ups.
Avec ma culture d’ingénieur, je sentais que j’avais les compétences pour porter quelque chose ici.
Quelles sont vos missions et avec qui travaillez-vous ?
Je travaille moi-même sur la tomographie en cohérence optique (OCT), une technologie perfectionnée au début des années 2000 par Claude Boccara et ses équipes à l’Institut Langevin. J’ai été le premier ingénieur en optique recruté à l’institut, dès sa fondation, pour m’occuper des nouveaux instruments qu’y développaient ses chercheurs.
Mon rôle consiste donc à soutenir les chercheurs dans leurs efforts expérimentaux en optique, notamment en développant des instruments en vue d’applications particulières.
Pouvez-vous nous présenter spécifiquement votre mission d’assistant de prévention et de responsable sécurité laser et le poids qu’elle représente dans vos journées de travail ?
J’ai commencé par être AP, dès juillet 2010, parce que j’avais été repéré par mon attrait pour la sécurité lors de ma précédente expérience.
C’est également en 2010 qu’un décret a entériné dans la loi française les normes internationales régissant l’usage des lasers et a fixé un certain nombre de règles que devaient respecter les employeurs. Ce décret stipule que tout établissement disposant de lasers doit en évaluer les risques, les prévenir et former ses utilisateurs aux règles de sécurité. L’heure était donc venue pour l’institut de se doter d’un responsable sécurité laser (RSL), mission pour laquelle je me suis porté volontaire et en vue de quoi je me suis formé à la sécurité laser en 2011.
Mon premier gros travail de RSL a consisté à inventorier les équipements laser de l’institut pour en estimer les risques. L’institut Langevin possède en effet une centaine de sources laser, particulièrement des classes 3 et 4, les plus sujettes aux risques. Il fallait donc prévoir les affichages conséquents à l’entrée des salles concernées et fournir des notices de poste pour chaque instrument.
Après ce gros travail initial, que je mets à jour régulièrement depuis, je me suis attelé à la formation des nouveaux entrants à la sécurité laser. Avec un précédent ingénieur régional de prévention et de sécurité, Yann Auger , depuis parti, nous avions même, pendant deux ans, pu organiser une formation plus longue sur le sujet, le temps d’une matinée.
Aujourd’hui, je consacre 15% de mon temps de travail comme préventeur, à la fois comme AP et RSL.
Qu’aimez-vous le plus dans votre mission de RSL ?
Outre l’intérêt pour la prévention et la sécurité, j’apprécie la technicité qu’exige la mission. Il faut en effet bien connaître le fonctionnement, les composants et les risques d’un laser. C’est pourquoi j’ai fait acheter au laboratoire un logiciel pour déterminer la classe et les facteurs d’excès de chaque laser et quantifier en conséquence le niveau de protection des équipements de protection individuelle, notamment le type de lunettes à porter.
Quelles sont selon vous les qualités requises pour être RSL ?
Ce sont les mêmes que pour être AP : il faut être intéressé, patient, tenace parce que ce n’est pas notre seule mission et curieux d’aller à la pêche aux infos auprès des équipes pour tenir à jour l’inventaire des équipements laser. Il est par ailleurs important de travailler en réseau et de s’appuyer sur les services de prévention des différentes tutelles. En tant que premier RSL au sein des laboratoires de l’ESPCI, j’ai ainsi souvent été amené, dans un souci de solidarité professionnelle, à collaborer et former mes homologues dans les autres laboratoires.
Enfin, dans l’exercice de mes fonctions, je préfère amener des outils d’aide aux utilisateurs plutôt que de leur imposer des contraintes afin de les impliquer davantage dans la sécurité.