Agnès Tricoche, Ingénieure d’études au laboratoire Archéologie et philologie d’Orient et d’Occident.
Agnès Tricoche, Docteure en Histoire et Archéologie des mondes anciens est ingénieure d’études au CNRS. Au sein du laboratoire Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident (AOROC, CNRS, ENS-PSL, EPHE-PSL), elle est en charge des bases de données de recherche. Depuis 2020, elle est à la direction du pôle Humanités Numériques de son unité. Voici son portrait.
Sa formation
Après un CAPES d’Histoire-Géographie, Agnès Tricoche obtient un doctorat en Histoire et Archéologie des mondes anciens. C’est pendant sa thèse qu’elle est sensibilisée à la nécessité de constituer ses propres bases de données, au vu de la multiplicité des sources dont elle dispose. Elle s’y forme alors progressivement pour en faire par la suite sa spécialité. C’est d’ailleurs selon elle cette spécificité dans son profil, alliant connaissances scientifiques en histoire et archéologie et compétences techniques en bases de données, qui a favorisé son recrutement au CNRS. De son côté, la perspective de devenir ingénieure et ainsi d'intégrer un métier d'accompagnement à la recherche l'a beaucoup enthousiasmée.
Ses fonctions
En 2012, elle intègre le CNRS au sein du labex TranferS par le biais d’un concours externe, en tant qu’assistante ingénieure, responsable des bases de données de recherche pour l'ensemble des unités de recherche partenaires de ce labex. En 2018, elle intègre le corps des ingénieurs d’études par concours interne, avant de rejoindre le laboratoire AOROC en 2019. En 2020, elle est nommée à la direction du pôle Humanités Numériques de son laboratoire, au côté de Marc Bui, Professeur en informatique à l’Université Paris 8 et Directeur d’études cumulant à l’EPHE. Ce pôle fonctionne à la fois comme service d'appui à la recherche et comme axe de recherche interdisciplinaire, autour de projets structurants à l'échelle de l'unité, sur des questions de stockage, de formation ou d'équipement.
En tant que responsable des bases de données scientifiques, ses fonctions sont de concevoir et développer des outils d'enregistrement appliqués aux sciences archéologiques. Son rôle est aussi d'encourager et de rendre possible leur consultation sur internet. Les corpus de données sont ainsi structurés, normalisés et publiés en ligne, afin d'être "faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables", selon les principes FAIR aujourd'hui bien intégrés dans les sciences humaines et sociales. Agnès Tricoche accompagne des chercheurs et ingénieurs, mais aussi des masterants et des doctorants en les formant aux outils numériques, dans l’acquisition des bonnes pratiques concernant la collecte des données, leur stockage, leur diffusion et leur valorisation.
Ses projets
Avec Hélène Dessales, Maître de conférences en Archéologie romaine à l’ENS et Professeure associée en archéologie romaine à l'Université de Lausanne, Agnès Tricoche travaille notamment, depuis dix ans, sur un ensemble de projets transversaux et multiscalaires autour des techniques de construction dans le monde romain. Au départ du site archéologique de Pompéi, l'un des enjeux est de mieux comprendre les conséquences du risque sismique sur les choix techniques adoptés dans l'Antiquité. Dans le contexte emblématique de cette ville romaine ensevelie après l'éruption du Vésuve 79 après J.-C., c'est l'étude de la stratigraphie verticale des élévations, exceptionnellement bien conservées, qui permet l'identification et l'enregistrement des traces matérielles liées aux risques naturels (dommages, réparations et reconstructions). Cet ambitieux programme de recherche est d'autant plus riche et passionnant qu'il est pluridisciplinaire et rassemble des spécialistes venus d'horizons divers en histoire, archéologie, géologie, géomatique et ingénierie du bâti. Il a notamment abouti à la mise en ligne d'un Atlas numérique des techniques de la Construction Romaine (ACoR), qu'Agnès Tricoche a développé.
Depuis 2020, elle est également responsable numérique du projet NAHAN (North African Heritage Archives Network). Son objectif est de proposer à différentes institutions dépositaires de fonds d'archives sur le patrimoine et l'archéologie d'Afrique du Nord, une plateforme web permettant de rassembler virtuellement ces documents afin de les exposer en ligne de façon centralisée. Ce projet lui tient beaucoup à cœur, parce qu'il participe du mouvement de la science ouverte que promeut le pôle Humanités Numériques, tout en offrant aux membres du réseau NAHAN une solution mutualisée, clé en main, pour la diffusion d'archives patrimoniales sur internet.
Au-delà des différents projets menés dans le cadre de son laboratoire, Agnès Tricoche est aussi coordinatrice de l'initiative Digit_Hum, aux côtés de Marie-Laure Massot, ingénieure d'études dans une autre unité de recherche CNRS. Créée en 2015, cette initiative est dédiée à la promotion des humanités numériques auprès de la communauté SHS francophone. Elle organise tous les ans une journée d'études sur une thématique choisie et publie régulièrement sur son site web des contenus (captations, enquêtes, portraits, créations artistiques) et des ressources (glossaire, cartes interactives, recensements d'outils et de revues...).
Ce qu’elle aime dans son métier
Dans ce type de travail en équipe associant de multiples compétences disciplinaires et techniques, Agnès Tricoche apprécie particulièrement de faire partie d'une dynamique d'ensemble, d’un système dont chacun des rouages permet, de façon concrète, de faire avancer la recherche. Elle est animée par l'idée d'être au service de projets qui dépassent l'échelle de l'individu. Faire partie du CNRS c’est aussi évoluer au sein d'un réseau de compétences complémentaires qu’il est essentiel de bien connaître et d’entretenir. Concernant ses missions de responsable des bases de données scientifiques, elle aime la rigueur qu’elle exige. Elle souligne également que lorsqu’on conçoit un outil pour les besoins d'un chercheur ou d'une équipe de recherche, il faut toujours prendre soin de l'adapter aux problématiques scientifiques, pour ne pas risquer d'infléchir le projet initial. Cette démarche exige une certaine qualité d’écoute.
Sur les projets sur les techniques de construction :
http://villadiomede.huma-num.fr/bdd/
S. Camporeale, H. Dessales, A. Tricoche (dir.), ACoR. Atlas des techniques de la Construction Romaine, Guide. Atlante delle tecniche della Costruzione Romana, Guida, éd. Quasar, coll. Costruire nel mondo antico (10), Rome, 2025 (304 pages). [hal-05481646]
H. Dessales, J. Cavero, A. Tricoche, "Post-Earthquake Reconstruction: Mapping and Recording Repairs in Ancient Pompeii", In S. D’Amico, V. Venuti (éds), Handbook of Cultural Heritage Analysis, Springer Nature Switzerland AG, 2022, p. 1805-1821. [10.1007/978-3-030-60016-7_63], [halshs-03550480]
H. Dessales, J. Cavero, A. Tricoche, "Lo studio delle riparazioni post-sismiche: metodologia", in H. Dessales (éd.), Ricostruire dopo un terremoto. Riparazioni antiche a Pompei, 2022, p. 25-54. [hal-03981252]
A. Tricoche, "Database management system", in H. Dessales (éd.), The Villa of Diomedes. The making of a Roman villa in Pompeii, Paris, 2020, p. 121-132. [hal-03122137]
H. Dessales, A. Tricoche, "Un database per studiare le riparazioni post-sismiche", Archeologia dell'Architettura 23, 2018, p. 19-24. [hal-02291284]
Sur NAHAN :
Sur Digit_Hum :
J. Cavero, M.-L. Massot, A. Tricoche, "Digit_Hum : dix ans d'humanités numériques en train de se faire", Humanités numériques 11, 2025. [https://doi.org/10.4000/1498p], [hal-05145123]
M.-L. Massot, A. Tricoche, "The renewal of the digital humanities. An overview of the transformation of professions in the humanities and social sciences", Journal of Data Mining & Digital Humanities, special issue on Digital Humanities "Atelier Digit_Hum", 2021. [10.46298/jdmdh.7552], [hal-03249900]